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Débat entre Manuel Castells et Pablo Iglesias

Nous relayons ici la vidéo (en espagnol) d’un débat entre Manuel Castells (sociologue des mouvements sociaux alternatifs et de leur usage du numérique) et Pablo Iglesias (secrétaire général de Podemos) à l’occasion de la publication d’une nouvelle édition du livre Redes de indignación y esperanza de Manuel Castells. Débat organisé par le Circulo Bella Artes de Madrid.

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Après le référendum grec : saisir l’occasion

Nous traduisons ici un texte publié lundi matin par le collectif italien Euronomade dont la devise est “Inventer le commun, subvertir le présent”. Licence CC-By-NC-SA. L’analyse stratégique de la situation que propose ce texte nous paraît très utile.


Que ce serait une victoire renversante, nous l’avions déjà compris à l’heure du déjeuner quand un Martin Schulz désespéré, un siècle après la trahison de la social-démocratie allemande votant les crédits de guerre, est intervenu alors que le scrutin était ouvert, au mépris de toute “règle”, que pourtant en bon allemand il aurait dû honorer (la démission du président du Parlement européen devrait aller de soi, mais elle est improbable si l’on considère la stature éthique du personnage).

Déjà à ce moment, des quartiers populaires d’Athènes et Thessalonique, du port du Pirée, des campagnes et des îles, le vote grec, avec la violence objective de sa marque de classe 1)NdT : Ce point prête à discussion. 85% des 15-24 ans et 75% des 25-34 ans ont voté NON et le OUI ne triomphe que chez les plus de 65 ans. Si l’on veut parler de vote de classe en Grèce, il faut le faire avec une conception très révisée de ce qu’est une classe par rapport à l’acception classique marxiste du terme., renversait le château de cartes construit par une machine de propagande comme on en avait jamais vue dans l’histoire européenne. Cela restera une honte ineffaçable pour la social-démocratie européenne, pour des hommes mesquins comme Hollande et Schulz, d’avoir avalé cette douloureuse machination. Nous en savons pas comment définir Renzi : il a offert un spectacle misérable, s’agenouillant devant Angela Merkel dans l’espoir piteux de pouvoir récolter, dans quelques mois quelques “concessions” finalement peu différentes de celles qu’ont réclamées ces derniers mois Tsipras et le “satanique” Varoufakis.

Avec une clarté absolue, les premiers mots d’Alexis Tsipras vont à l’essentiel: la question de la dette du passé sera à partir de ce jour sous les yeux de tous, soustraites au seul bon vouloir du commando financier. C’est de façon limpide une question de réappropriation de la décision démocratique. Plus encore : il n’y a de démocratie aujourd’hui qu’à partir de la capacité à intervenir avec force, en termes de rupture, sur le terrain de la dette. C’est la possibilité que le référendum grec nous présente : la reconquête de notre futur, la libération de la vie et de la coopération sociale de l’hypothèque de la dette, la lutte contre un destin de pauvreté, de précarité et de sacrifices. La formidable ténacité de la lutte contre l’austérité ces dernières années en Grèce est un refus qui s’exprime directement en termes de gouvernement : si l’on rompt avec la gestion européenne continue de la crise, une multiplication de luttes sociales à l’échelle européenne devient possible et un horizon constituant s’ouvre qui ne peut plus être confiné à l’échelle nationale.
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Notes   [ + ]

1. NdT : Ce point prête à discussion. 85% des 15-24 ans et 75% des 25-34 ans ont voté NON et le OUI ne triomphe que chez les plus de 65 ans. Si l’on veut parler de vote de classe en Grèce, il faut le faire avec une conception très révisée de ce qu’est une classe par rapport à l’acception classique marxiste du terme.
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L’urgence sociale au cœur du programme agricole de Syriza par Roxanne Mitralias

Roxanne Mitralias (Syriza France) nous a confié ce texte que nous publions avec l’autorisation de Campagnes solidaires, journal de la Confédération paysanne dans lequel il a paru à l’origine. Ce texte illustre les défis auxquels les politiques publiques font face pour reconstruire le pays.


On a peu parlé du programme agricole après la victoire de Syriza aux élections législatives du 25 janvier en Grèce. Ce programme répond avant tout, comme les autres volets des propositions de ce parti, à l’urgence sociale d’un pays dévasté par le politiques austéritaires.

Le 25 janvier, Syriza est arrivé en tête aux élections législatives grecques. Ce parti de la gauche radicale s’est vu propulsé à la première place suite à cinq ans de politiques d’austérité qui ont affecté aussi bien les salariés, les petits commerçants et artisans que les paysans.
Le programme agricole de Syriza est rarement évoqué. Pourtant, les paysans sont nombreux en Grèce : 12,5% de la population active, sans compter les innombrables pluriactifs. Les fermes sont majoritairement familiales et petites (4,5 ha en moyenne). Peu « compétitive » dans le marché unique européen, desservie par les orientations libérales de la Pac, la production agricole du pays s’est progressivement effondrée. Sa posture délicate s’est trouvée d’autant plus fragilisée par les politiques austéritaires de la Troïka.

Le « crédit agricole grec » a été cédé à des banques privées, diminuant drastiquement la possibilité des paysans d’emprunter, mettant en danger les très nombreuses hypothèques vendues à des fonds d’investissements internationaux. Du côté de l’agroalimentaire, la coopérative Dodoni qui collectait près de 7000 éleveurs et employait 500 salariés dans la région montagneuse de l’Epire – et qui réalisait des bénéfices – a été vendue pour rien. Pareil pour l’industrie sucrière nationale.

Par ailleurs, le gouvernement précédent avait opté pour une très forte taxation du carburant, générant une augmentation de 25% des coûts de production. Les paysans grecs sont aussi devenus imposables (13%) dès le premier euro et ont dû payer des impôts fonciers exorbitants sur leurs champs et étables, sachant que les terres sont peu productives et ne valent pas grand-chose. Les prix des intrants, fixés par des oligopoles et les multinationales, ont également continué à grimper.

Ajoutons que l’Etat a été déstructuré et dilapidé : les indemnisations n’ont pas été versées depuis 2012, les aides Pac ont été diminuées et les crises sanitaires n’ont pas été gérées, ce qui a décimé le cheptel. Le peu de structures de conseil et de recherche qui existait sur le pays a été délabré. Les retraites et la sécurité sociale ont été baissées jusqu’à 40%. Conséquence directe : le revenu des agriculteurs a chuté de 20 %.

Le programme de Syriza répond donc d’abord à une urgence sociale 1)   Par exemple en proposant des critères sociaux sur les dettes, l’interdiction de vendre aux enchères les habitations principales, le retour aux retraites d’avant la période de la Troïka et l’accès aux soins pour tous, une réforme fiscale…. Mais cette urgence est reliée à une volonté de reconstruire la capacité productive du pays, en fonction des besoins de la société et dans une optique de souveraineté alimentaire. La volonté d’aller vers une agriculture, un élevage et une pêche durables, des produits de qualité, sains et à prix accessibles, est affirmée. Cette reconstruction se fera dans le sens du soutien de l’emploi et du revenu agricole, de l’équilibre de la balance commerciale agroalimentaire, du développement rural et d’un aménagement du territoire harmonieux 2)   Dans un pays où actuellement la moitié de la population vit dans les deux grandes villes, Athènes et Thessalonique.. Pour se faire, d’un côté il est prévu de créer une banque publique de développement dédiée à l’agriculture, d’assainir les coopératives agricoles (qui ont été un des leviers majeurs de la corruption dans les territoires ruraux), de promouvoir les productions de qualité et bio, de soutenir les circuits courts. Et de l’autre, de durcir les contrôles contre les pratiques commerciales illégales (comme le fait de « gréciser » des légumes ou des céréales) et les fraudes aux aides de la Pac. Est aussi préconisé d’attribuer les terres non exploitées ou les outils de transformation délaissés aux chômeurs ou à des collectifs qui souhaiteraient se lancer dans l’agriculture.

En ce qui concerne les migrants saisonniers – et plus largement les ouvriers agricoles – leurs droits seront sécurisés. Enfin, au niveau européen, Syriza s’engage à demander l’augmentation du budget agricole (qui a baissé de près de 20 % pour la Grèce), le recouplage des aides, le soutien aux petites et moyennes fermes, et la redistribution des ressources en faveur des produits méditerranéens (et non pour faire du coton irrigué dans le pays, ce qu’a promu la Pac pendant longtemps).
Ce programme électoral sera-t-il suivi ? Cela dépendra des marges budgétaires que le nouveau gouvernement pourra dégager auprès de ses créanciers. En tout cas, ce sera une expérience intéressante de réorientation globale de la politique agricole d’un pays au cœur de l’Europe, en faveur de sa petite et moyenne agriculture familiale, et contre les intérêts des banques et des oligopoles.

Roxanne Mitralias

Notes   [ + ]

1.    Par exemple en proposant des critères sociaux sur les dettes, l’interdiction de vendre aux enchères les habitations principales, le retour aux retraites d’avant la période de la Troïka et l’accès aux soins pour tous, une réforme fiscale…
2.    Dans un pays où actuellement la moitié de la population vit dans les deux grandes villes, Athènes et Thessalonique.