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Coups de théâtre de Marie Cosnay

L’une des fondatrices d’Interdemos publie ce matin sur Mediapart un texte que nous portons à votre attention.


Coups de théâtre

Aujourd’hui le coeur serré ou tremblante –  pas de peur (“on n’a peur que de la peur,” de celle des autres plus que de la nôtre), tremblante d’angoisse, et cette sensation qu’on est dans le trou d’un événement historique mais ce n’est pas tout, que ce trou peut devenir abime, qu’il l’est déjà, abime, que c’est évident pour plein de gens parmi ceux qui cherchent un rivage d’accueil et parmi ceux qui arrangent en maisons les trottoirs, que c’est évident pour ceux, moins entreprenants, qui sont collés à leur maison, tondeuse et rythme triste, pour ceux sur la figure de qui toutes les pertes symboliques reviennent, en boomerang, s’écraser.

Prophétie qu’on ne nomme qu’à la va-vite : montée des extrêmes-droites en Europe, en même temps, dit comme ça, ce n’est qu’un constat, rien d’autre, c’est la suite qu’on ne se risque pas à envisager, d’autant plus que la montée de ces extrêmes droites va avec une autre montée, à laquelle l’Europe n’est pas étrangère, son envers et son même, un autre extrême, un absolu de la pensée, c’est à dire non pensé, sans limite.

Comme prise dans le noeud d’une relation que pour faire vite on nommerait perverse : vous savez, ces moments où vous entendez de l’autre le contraire de ce qu’il signifie par ses actes, son sourire et ses mots. Vous savez, ces moments où vous êtes soumis à des injonctions contraires, multiples, ces moments où la pensée est empêchée et c’est l’angoisse qui prend le relais.

Hélas ne voir les choses que de très loin par manque d’expertise, écouter le récit, en constater la dramatisation, la mise en scène, les coups de théâtre, garder en mémoire quelques bribes de dialogues signifiants, voir par ailleurs les déplacements, entrevoir comment les blocs tentent de préparer leurs intérêts, ceux-là, derrière l’océan, qui veulent une Europe avec la Grèce c’est à dire sans la Russie, savoir les occidents en guerre, savoir de très loin puis se rapprocher, à la lunette, à la loupe, voir ici comme on ne sait pas, ici comme on préfère imaginer, complotiste, que tout ça est pensé par un esprit cynique parce qu’au moins, ça protège du sentiment de l’absurde qui serre à la gorge, ailleurs voir comment on adopte un discours prêt à servir, des discours prêts à servir, quand on a fait une bêtise on la paye, ça suffit de toujours tout comprendre, il y a un moment où, enfin, c’est hélas sans intérêt mais c’est hélas le résultat des lignes très fortes qui sont à l’oeuvre, au-dessus, c’est à dire celles dont nous recevons les débris, les bribes qui glosent à propos de l’événement – les réactions, les annonces, les phrases. Les discours.

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